Baromètre OncoIDE 2026 : compétences, formation et environnement de travail des infirmiers en oncologie
Sur cette page
- L'essentiel
- Les neuf indicateurs
- Une activité massive
- La ressource infirmière
- La fidélisation
- L'Europe : une spécialisation hétérogène
- La pratique avancée en France
- Sécurité des anticancéreux
- L'angle mort statistique
- Les sept constats
- Ce que nous refusons d'affirmer
- La prochaine étape
- Questions fréquentes
L'essentiel
La cancérologie française fait face à une double évolution : un volume de prises en charge élevé et durable, et une sophistication croissante des parcours et des traitements.
En 2023, la France métropolitaine comptait 433 136 nouveaux cas de cancer estimés et 164 314 décès par cancer. Au 1er janvier 2023, 863 établissements étaient autorisés à traiter le cancer.
Dans le même temps, les données disponibles sur les professionnels montrent des tensions plus générales sur la ressource infirmière. Selon la DREES, dans son scénario tendanciel, le nombre d'infirmiers augmenterait de 37 % entre 2021 et 2050, tandis que les besoins en soins infirmiers liés notamment au vieillissement progresseraient de 50 %.
Les études portant spécifiquement sur les infirmiers en cancérologie mettent en évidence des enjeux de formation spécialisée, de formation pratique, de sécurité et de maintien actualisé des connaissances. Mais cette édition fait apparaître une lacune plus large : aucune des sources publiques nationales identifiées ne permet de mesurer directement et régulièrement le niveau de compétence des infirmiers exerçant en oncologie en France.
C'est probablement le résultat le plus important de cette première édition.
Les neuf indicateurs du Baromètre 2026
| Indicateur | Résultat | Périmètre | Lecture |
|---|---|---|---|
| Nouveaux cas de cancer | 433 136 | France, 2023 | Forte demande de prise en charge |
| Décès par cancer | 164 314 | France, 2023 | Poids sanitaire majeur |
| Établissements autorisés | 863 | France, 2023 | Réseau de soins très diffus |
| Effectifs infirmiers projetés | +37 % | France, 2021 → 2050 | Hausse prévue |
| Besoins en soins infirmiers | +50 % | France, 2021 → 2050 | Croissance plus rapide que l'offre |
| Toujours infirmier salarié à l'hôpital après dix ans | 54 % | France, cohorte hospitalière générale | Enjeu de fidélisation |
| Pays européens sans formation universitaire spécialisée en cancer reconnue nationalement | 45 % — 17 sur 38 | Europe | Hétérogénéité forte de la spécialisation |
| Infirmiers en cancérologie déclarant l'absence de formation introductive avant manipulation de médicaments anticancéreux dangereux | 29 % | 630 infirmiers, 29 pays européens | Signal de sécurité et de formation |
| IPA oncologie-hématologie interrogés dans l'enquête française 2023 | 55 | France | Besoin de davantage de cas pratiques identifié |
Une activité cancérologique structurellement massive
L'Institut National du Cancer estime à 433 136 le nombre de nouveaux cancers diagnostiqués en France métropolitaine en 2023, dont 57 % chez les hommes et 43 % chez les femmes, et à 164 314 le nombre de décès par cancer sur la même année.
Cette activité est répartie sur un réseau important : 863 établissements disposaient d'une autorisation de traitement du cancer au 1er janvier 2023.
Le sujet de la compétence infirmière en oncologie n'est donc pas marginal. Il concerne des équipes réparties dans plusieurs centaines d'établissements, confrontées à des patients, des traitements, des toxicités et des parcours extrêmement différents.
La ressource infirmière augmente, mais moins vite que les besoins
La DREES estime que, dans son scénario tendanciel, les effectifs infirmiers progresseraient de 37 % entre 2021 et 2050, tandis que les besoins en soins infirmiers augmenteraient de 50 % sur la même période.
L'écart entre ces deux courbes ne dit rien de la compétence des professionnels. Il dit que le temps disponible par soignant est appelé à se contracter — et le temps est précisément la ressource que consomme la transmission des connaissances.
La fidélisation est déjà une fragilité du système
Selon la DREES, qui a suivi les trajectoires des infirmières hospitalières entre 1989 et 2019, 54 % occupent encore un emploi salarié d'infirmière hospitalière après dix ans de carrière. Onze pour cent sont infirmières salariées dans un autre secteur, sept pour cent ont changé de métier tout en restant à l'hôpital, et 21 % ont quitté l'emploi salarié.
Cette donnée porte sur l'ensemble des infirmières hospitalières, sans distinction de service. Elle n'est pas spécifique à l'oncologie.
Sa conséquence organisationnelle est néanmoins directe : chaque départ produit une arrivée à intégrer, et chaque intégration consomme du temps de soignant expérimenté. Dans une spécialité où les protocoles évoluent rapidement, la mobilité fragilise la chaîne de transmission.
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Demander un accès d'essai →En Europe, la spécialisation reste très hétérogène
Une publication européenne de 2024 rapporte les résultats de données de l'European Oncology Nursing Society portant sur 38 pays européens.
- 17 pays sur 38, soit 45 %, ne disposaient pas d'une formation universitaire spécialisée en cancer reconnue nationalement
- 13 sur 38, soit 34 %, proposaient un master en cancer nursing
- 10 sur 38, soit 29 %, disposaient de professeurs en cancer nursing
L'EONS a développé son Cancer Nursing Education Framework précisément pour définir les connaissances et compétences fondamentales attendues des infirmiers travaillant auprès de personnes atteintes de cancer. Le cadre est organisé en huit modules de compétences.
En France, la pratique avancée confirme le besoin de spécialisation
La France dispose d'un diplôme d'État d'infirmier en pratique avancée, mention oncologie et hémato-oncologie : une formation de deux ans conférant le grade de master.
Une première étude française menée auprès de 44 IPA diplômés en 2019 et 2020 retrouvait une employabilité de 86 %, dont 71 % exerçant dans le cadre d'un protocole d'organisation avec l'oncologue.
Une enquête nationale plus récente, conduite de juin à septembre 2023 auprès de 55 IPA oncologie-hématologie en activité, apporte un enseignement plus significatif encore. Elle relève une hétérogénéité perçue des formations, des difficultés logistiques et matérielles, et surtout des lacunes concernant le manque de cas pratiques. Les auteurs concluent que le renforcement de la formation pratique constitue une priorité pour les professionnels interrogés.
La sécurité autour des anticancéreux : un signal concret
Une étude publiée en 2024 à partir de l'European Cancer Nursing Index 2022 a analysé les réponses de 630 infirmiers en cancérologie issus de 29 pays européens.
| Élément rapporté | Proportion |
|---|---|
| Existence de recommandations écrites pour la manipulation et l'administration sécurisées des médicaments dangereux | 88 % |
| Disponibilité d'équipements de protection et de kits adaptés aux déversements cytotoxiques | 82 % |
| Contrôles de contamination des surfaces réalisés systématiquement | 21 % |
| Infirmiers ne recevant aucun programme introductif avant de manipuler des médicaments anticancéreux dangereux | 29 % |
Il ne s'agit pas d'une estimation française. Mais le signal mérite d'être retenu dans un baromètre contextualisant la France : l'accès à la procédure ne garantit pas l'accès à la formation.
Effectifs et conditions de travail, directement liés à la sécurité
Une étude européenne antérieure portant sur 393 infirmiers en cancérologie en Estonie, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni a examiné douze dimensions de la culture de sécurité. Le score moyen attribué à la sécurité des patients s'établissait à 61,3, et dans chacun des quatre pays, le niveau d'effectifs constituait la dimension la moins bien évaluée.
Ce score ne se transpose pas à la France. Son intérêt est ailleurs : dans plusieurs systèmes européens distincts, les effectifs et l'organisation du travail sont perçus par les infirmiers de cancérologie comme une composante de la sécurité. La compétence individuelle ne peut donc s'étudier indépendamment du contexte dans lequel elle s'exerce.
La recherche européenne place la formation parmi ses priorités
Une étude Delphi publiée en 2026 a réuni des experts européens en pratique, recherche, politique et enseignement infirmiers en cancérologie. Parmi les domaines les mieux classés pour les recherches futures figuraient l'éducation, la formation et le développement professionnel des infirmiers. La priorité arrivée en première position concernait les facteurs influençant le recrutement, la rétention et le turnover de la main-d'œuvre infirmière en oncologie en Europe.
Cette convergence est notable : les tensions mises en évidence par les données françaises générales — démographie, fidélisation, transmission des compétences — rejoignent directement les priorités identifiées en 2026 par les spécialistes européens de l'oncologie infirmière.
Le résultat inattendu : un angle mort statistique
La France dispose de données détaillées sur l'incidence et la mortalité des cancers, les établissements, l'activité hospitalière, la démographie des infirmiers, certains parcours de pratique avancée et de nombreuses caractéristiques du système de santé. La DREES publie notamment en open data des séries consacrées à la démographie des professionnels de santé.
En revanche, nous n'avons identifié dans les grandes sources publiques nationales aucun jeu de données permettant de répondre directement aux questions suivantes :
- Combien d'infirmiers exercent principalement en oncologie en France ?
- Depuis combien de temps y exercent-ils ?
- Combien ont reçu une formation structurée à leur arrivée ?
- Combien de temps faut-il avant qu'un nouvel infirmier soit considéré autonome ?
- Sur quelles thématiques les professionnels se sentent-ils le moins à l'aise ?
- Comment évaluent-ils leurs connaissances sur l'immunothérapie, les thérapies ciblées, les CAR-T, les urgences oncologiques ou l'extravasation ?
- Combien de temps les infirmiers expérimentés consacrent-ils quotidiennement à répondre aux questions de collègues moins expérimentés ?
Ce n'est pas la démonstration qu'aucune donnée locale ou étude ponctuelle n'existe. C'est le constat qu'il manque une mesure nationale régulière, homogène et exploitable de ces indicateurs.
Ce que le Baromètre permet d'affirmer
| Constat | Fondement |
|---|---|
| La pression sur le système de soins restera élevée | Plus de 433 000 nouveaux cancers par an, répartis sur plusieurs centaines d'établissements |
| La question de la ressource infirmière est structurelle | +37 % d'effectifs projetés contre +50 % de besoins, 2021-2050 |
| La transmission des compétences est fragilisée par la mobilité | 54 % encore infirmières hospitalières après dix ans |
| La formation spécialisée en cancérologie reste hétérogène | 17 pays européens sur 38 sans formation universitaire spécialisée reconnue |
| Même les professionnels spécialisés demandent davantage de pratique | Enquête française 2023 auprès de 55 IPA oncologie-hématologie |
| Formation et sécurité sont directement liées | 29 % sans programme introductif avant manipulation d'anticancéreux dangereux, 630 infirmiers européens |
| La France manque d'un observatoire centré sur les infirmiers d'oncologie | Aucune source nationale identifiée permettant la mesure directe |
Ce que nous refusons de faire dire aux données
Ce Baromètre ne conclut pas que les infirmiers français en oncologie sont insuffisamment compétents. Les données disponibles ne permettraient pas de soutenir une telle affirmation.
Il ne conclut pas davantage qu'une solution numérique pourrait remplacer le compagnonnage, le tutorat, les protocoles institutionnels, la simulation, les formations universitaires, le développement professionnel continu ou l'expertise médicale et pharmaceutique.
La conclusion est différente : l'oncologie exige un haut niveau de connaissances actualisées, alors que la disponibilité, la transmission et la mesure de ces connaissances restent très inégalement documentées.
La prochaine étape : mesurer le terrain français
Cette première édition constitue le socle. La prochaine vague devra interroger directement les infirmiers exerçant en oncologie et en hématologie ainsi que les cadres de santé, avec une méthodologie publiée avant la collecte.
Les axes à mesurer :
- Ancienneté en oncologie et parcours d'intégration
- Durée estimée avant autonomie
- Formation reçue à l'arrivée
- Accès à la formation continue
- Temps disponible pour apprendre
- Sources réellement utilisées pour rechercher une information clinique
- Fréquence de sollicitation des collègues expérimentés
- Sentiment d'aisance par domaine clinique
- Évaluation objective des connaissances sur des situations standardisées
- Besoins des cadres concernant la montée en compétence des équipes
Participer à la prochaine édition
La deuxième édition reposera sur une collecte auprès des professionnels de terrain. Les infirmiers, IPA et cadres de santé exerçant en oncologie ou en hématologie qui souhaitent y contribuer, ainsi que les établissements intéressés par un relais auprès de leurs équipes, peuvent se manifester.
Contribuer à la prochaine édition → · Rejoindre le comité de relecture
Conclusion
La première édition du Baromètre OncoIDE ne révèle pas une crise de compétence. Elle révèle quelque chose de plus précis.
La France dispose d'un système extrêmement développé pour mesurer le cancer et l'activité de soins, mais de peu de données nationales permettant d'observer directement la façon dont les connaissances spécialisées sont acquises, actualisées, transmises et mobilisées par les infirmiers en oncologie.
Dans un contexte où les besoins en soins progressent, où la fidélisation des professionnels constitue un enjeu et où les traitements continuent d'évoluer, cette absence de mesure devient elle-même une information.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Baromètre OncoIDE 2026 ?
Combien de nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année en France ?
Les effectifs infirmiers suffiront-ils aux besoins futurs ?
Combien d'infirmiers restent à l'hôpital après dix ans de carrière ?
La formation spécialisée en cancérologie est-elle homogène en Europe ?
Que dit le Baromètre sur la sécurité de manipulation des anticancéreux ?
Existe-t-il des données françaises sur le niveau de compétence des infirmiers en oncologie ?
Le Baromètre conclut-il que les infirmiers français sont insuffisamment formés ?
Comment participer à la prochaine édition ?
Qui publie ce Baromètre et avec quel financement ?
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Infirmiers, IPA, pharmaciens hospitaliers, oncologues et hématologues.
Sources
- Institut National du Cancer — Panorama des cancers en France, estimations d'incidence et de mortalité 2023 ; activité hospitalière en cancérologie et établissements autorisés au 1er janvier 2023.
- DREES — Le nombre d'infirmières augmenterait fortement d'ici à 2050, mais moins que les besoins en soins de la population vieillissante, Études & Résultats n°1319, 2024. Document source.
- DREES — Près d'une infirmière hospitalière sur deux a quitté l'hôpital ou changé de métier après dix ans de carrière, Études & Résultats n°1277, 2023. Panel tous actifs de l'INSEE apparié à l'échantillon démographique permanent, trajectoires 1989-2019. Document source.
- European Oncology Nursing Society — données sur la formation spécialisée en cancer nursing dans 38 pays européens, publication 2024, et Cancer Nursing Education Framework.
- European Cancer Nursing Index 2022 — étude publiée en 2024 sur la sécurité de manipulation des médicaments dangereux, 630 infirmiers en cancérologie, 29 pays européens.
- Étude européenne sur la culture de sécurité en cancérologie — 393 infirmiers, Estonie, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni.
- Enquête nationale française auprès des infirmiers en pratique avancée oncologie-hématologie, juin à septembre 2023, 55 répondants ; et étude antérieure auprès de 44 IPA diplômés en 2019 et 2020.
- Étude Delphi européenne 2026 sur les priorités de recherche en soins infirmiers en cancérologie.
- DREES — séries open data sur la démographie des professionnels de santé. Portail source.
- Ordre National des Infirmiers — étude de démographie de la profession infirmière, mars 2025.
Les organismes cités ne cautionnent pas OncoIDE et ne lui sont pas affiliés. Leur mention constitue une référence bibliographique. Cet article est informatif et ne constitue ni un conseil juridique, ni une recommandation de soin.